• Cigarettes et whisky et p'tites pépées.

    Cigarettes et whisky et p'tites pépées
     

    - Le sexe sans amour est une expérience vide.
    - Oui, mais parmi les expériences vides, c'est une des meilleures !
    Woody Allen

     

    A quatorze ans, déjà blessé par un amour d'enfance inaperçu de tous et une passion d'adolescent restée relativement platonique, je choisis les bars à champagne, inaugurant ainsi un rituel persistant. Dans cette occasion, je n'aime pas boire de ce liquide pétillant, car il me rappelle les fêtes de famille.

    Mes moindres billets devenaient cigarette, pastis, whisky, médiocres caresses et surtout bouteilles offertes à des hôtesses, qui répandaient plus ou moins discrètement leurs coupes dans des pots de fleurs, derrière une tenture ou sur la moquette.

    Je regrettais que chaque verre que j'ingurgitais ne soit pas l'absinthe de Van Gogh et que les ampoules teintes ne rehaussassent que faiblement mon verbiage, que j'aurais voulu rimbaldo-marxistes.

    Quant aux attouchements, je ne me les permettais jamais dans le cabaret, cherchant juste à supporter le moment en me massacrant vite d'alcool, tout en lorgnant les strip-teaseuses. La semi-inconscience atteinte, je me traînais au petit matin pour suivre Anaïs, Tania ou Yolande et me retrouver, souvent impuissant et abruti, dans des draps anonymes.

    L'inconséquence de ces élans en forme de tiroir-caisse me contentait. Je m'intéressais peu aux sirènes qu'il faut séduire.

    Comme le joueur dont les sourdes envies ne sont exaucées que lorsqu'il hypothèque son logement, la dépense excessive de ce genre de soirée me faisait battre le cœur un peu plus vite.

    L'ébriété du lendemain, la sordide demande renouvelée à mes parents de subsides injustifiables, les sueurs froides, un reste de parfum capiteux collé à ma peau, des obligations que je n'assumais qu'au prix d'efforts surhumains et quelquefois pas du tout, suffisaient à remplir, dans une urgence chaotique, une journée ou deux.

    Mimsy Farmer, héroine de MoreParfois les suites étaient plus prenantes, notamment lors de diverses démolitions de voiture que ce genre d'incartade charrie, dont une avec commotion cérébrale non traitée pour moi et séjour à l'hôpital pour ma passagère.

    Je me suis drogué une fois et, allez savoir pourquoi, cela ne m'a pas plu. Cette bifurcation inattendue a conditionné toute la suite, en me faisant définitivement dévier du chemin pourtant tout tracé pour moi par More - de Barbet Schroeder, Castaneda et les Stones.

    A cette époque, le pointillé de ces épisodes se marquait dans le mirage de rencontrer une fille, que l'argent n'y soit pour rien, et d'avoir avec elle une histoire qui dure au moins quelques mois.

    Naturellement, je n'entreprenais rien qui pût concrétiser cette aspiration et dédaignais les ambitions affligeantes du type mariage-maison-piscine-enfants-chien.

    Il y avait aussi ce cher Sartre qui, au même âge savait, lui, qu'il était un écrivain. Moi, j'aurais voulu en être persuadé, mais la représentation que mon père m'avait transmise de la littérature m'empêchait d'écrire une phrase sans me rappeler que : « Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes et qui pensent. » Autant dire que la phrase ne s'écrivait pas, ou alors rarement, en cachette, et finissait au panier.

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