• La Rôtisserie de la reine Pédauque

     La rôtisserie de la reine Pédauque

    Je poursuis ici ton invitation, ami Alain[1], à discuter des premiers livres de mon enfance. Après Jules Vernes, je vais évoquer Anatole France - qui, comme tu le sais, se retrouve dans A la recherche du temps perdu de ton cher Proust, sous les traits de M  Bergotte.

    Mon deuxième plongeon parmi les lettres, aussi enfiévré que le premier, se fera grâce à la Rôtisserie de la reine Pédauque, dans une antique édition de mon grand'père - prof de français et d'anglais.

    Sa folie gaie, son anarchisme bienveillant et la pétulance voltairienne qu'il met à jouer avec les idées établies, pour les éreinter, m'y ont converti aux fêtes de l'esprit - qui ne sont pas toutes vaines.

    Son goût épicurien pour la sensualité bannissant toute vulgarité, la truculence de son rapport à la gastronomie, tout en les précisant, les formulant,  ont ouvert des appétits à l'adolescent que j'étais.

    Si être intelligent c'est comprendre, il est bien évident que personne au monde n'a jamais été plus intelligent qu'Anatole France. (Sacha Guitry)La mise en exergue de la tolérance et du désire - comme seul fondement légitime du « bien » - me libéraient  d'autres considérations et même d'un certain malaise existentiel.

    En revanche, les recherches kabbalistiques ne m'ont laissé aucun vrai souvenir. Ces brefs passages, qui sacrifient à la mode de l'occultisme de la fin du 19ème, m'ont un peu ennuyé ; à moins que je ne les aie simplement pas compris.

    Reste que j'ai particulièrement apprécié les enseignements que le sceptique Jérôme Coignard (qui deviendra le « rôle-titre » d'un autre livre, non moins stimulant, du même auteur) a instillés, en échange du gîte et du couvert à Jacques Tournebroche, et incidemment à moi-même, car d'érudites considérations s'y mêlent intimement à Eros et Thanatos.

    Non, il n'y a rien de poussiéreux dans l' ensemble de l'œuvre, dont le style ensorcelant, limpide, doctement facétieux, en fait une sorte de fraîche fontaine, où il fait bon se ressourcer.

    Cet été je lis, enfin, Les Dieux ont soif. Miam !



    [1] Chapitre 7, page 81, je retrouve cette annotation qui devrait t'intéresser : « ... j'ai vu, dans le Valais, des pâtres qui, ne se nourrissant que de lait caillé, perdent leurs dents de bonne heure ; quelques-uns d'entre eux n'en ont jamais eu »

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 23 Juin 2007 à 12:56
    Coignard
    Jérôme Coignard dont les opinions ont été récemment mises en lecture par notre ami Marcel, au Terrier. Comme quoi les grands esprits se rencontrent...
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