• Quelques abordages et amarrages, plusieurs naufrages, mais...

    Des Vénus.

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    Quelques

    abordages

    et

    amarrages,

    plusieurs

    naufrages,

    mais... 

      

     

     

     

     

     

    Isabelle, petite blonde énergique, est candidate pour représenter notre pays à l'eurovision de la chanson.

    Nous nous rencontrons lors du mariage d'amis communs.

    Le lendemain, nous avons rendez-vous chez elle. C'est la première fois que je fais l'amour. Nous sommes sur la moquette. La première étreinte consommée, elle se tourne et enclenche l'enregistreur. Une musique inconnue se répand. Je n'existe plus, elle s'y absorbe. Je me décompose dans le souvenir si présent des sensations délicieuses et un peu effrayantes que je viens d'éprouver.

    Après un moment, je lui demande de recommencer. Elle se retourne et je vois qu'elle pleure doucement. Cette partition a été écrite par un ami mort. Elle refuse de poursuivre nos ébats. Groggy, je me rhabille et m'éclipse discrètement. Nous ne nous sommes pas revus et je n'ai plus bandé pendant trois mois.

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    ***

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    Mon meilleur ami, Jean-Jacques, a un père marchand d'armes (mais il ne faut pas le dire), lit l'intégrale de Proust, fait de la photo comme un art, et sort depuis plus d'un an avec Irmgard. Il est habillé assez stricte, mais d'allure décontractée et un rien précieuse, comme son amie.

    Etudiante allemande, discrète et volontaire, elle a toujours à disposition des remarques pertinentes, prêtes à émailler la conversation. Peau mate, yeux bleus et longs cheveux mordorés, elle les assemble parfois en une tresse chatoyante. Afin d'éviter toute ambiguïté, j'évite généralement de discuter trop longtemps avec elle.

    Dans un manteau bleu foncé, seule, l'air préoccupée, je la rencontre dans la rue. Elle parle d'un séminaire qui la met au désespoir car elle doit prochainement rendre un travail sur Bakounine et Kropotkine. Je me pose en défenseur de l'intérêt qu'il y a à investir les doctrines de ces éminents théoriciens. Sur quoi, elle me demande de l'aider.

    Non sans avoir consulté force ouvrages sur le sujet, je me rends chez elle le lendemain après-midi. Pénétré  de doctrines sur la mise en cause de l'Etat et la construction sociale basées sur la libre volonté des individus, je sonne à sa porte.

    Rysselberghe,ThéoVan_Femme au peignoir rose_1910Effrayé, avec un mouvement de recul que je surmonte, je découvre Irmgard qui me fait entrer.

    Elle m'explique qu'elle vient de prendre une douche, raison pour laquelle elle est pieds nus, cheveux défaits et n'est vêtue que d'un peignoir rose.

    Nous nous asseyons à sa table. Je fais celui qui ne remarque rien. Étonnamment, nous travaillons réellement plusieurs heures, en buvant du thé.

    Le pensum terminé, nous poursuivons nos réflexions, mettant en doute que l'humanisme est en soi aliénant, et sans que je m'en sois rendu compte, nous sommes sur le canapé. Le soir approche, la pièce s'embrase. Nous sommes inondés de soleil.

    D'un geste rapide, souriante pour me rassurer, elle se dégage de son peignoir et se retrouver en tenue d'Eve. Assise bien droite sur le tissu rose, tous ses charmes sont caressés par la clarté des rayons du soir.

    Le menton relevé, regardant devant elle, elle me laisse contempler la fermeté de ses chairs où je discerne, sous le blond de la peau, de minuscules vaisseaux sanguins.

    Abandonnant son attitude jusque là simplement courtoise pour devenir tendre, elle murmure :

    - Tu sais, Jean-Jacques, il n'a jamais beaucoup compté pour moi...

    Ainsi catapulté sur une autre planète, je ne tarde pas à remarquer qu'elle sent bon le gel douche.

    Même par hasard, je n'ai jamais revu Jean-Jacques, mais de plus en plus Irmgard, tant et si bien que nous décidons de partir en vacances ensemble.

    Quand j'étais enfant, j'aimais fouiller dans la boîte à couture de ma mère, où il y avait plein de boîtes, dans lesquelles il y en avait parfois d'autres. Certaines, faites d'une sorte de fer blanc, avaient contenu des cigarettes et leur couvercle arborait un chameau, d'autres le sphinx devant les pyramides. C'est à cause de ces images commerciales, et non de mes cours d'histoire, que je me suis juré d'aller un jour en Egypte.

    Rive droite du NilLorsque je le propose à Irmgard, elle, enthousiasmée par les pierres précieuses (passion que je n'ai jamais comprise) m'apprend que Le Caire est une plaque tournante pour les gemmes de toutes sortes. Elle acquiesce donc et nous voilà en bateau, comme Hercule Poirot, qui descendons le Nil.

    Il y a des militaires partout, nous déjeunons chaque jour avec une tablée de japonais et la cabine est mal insonorisée ; qu'importe, j'ai Champollion en tête.

    Elle aime bronzer avec d'autres filles sur le pont. J'aime faire du chameau et m'approcher des pharaons. Elle cherche des renseignements sur les diamants, ce qui m'assomme, ainsi nous nous séparons, de plus en plus longuement. Nous n'avons pas fait l'amour une seule fois pendant cette croisière.

    De retour au Caire, nous apprenons que notre agence de voyage a vendu plus de places que l'avion n'en peut contenir. Nous décidons qu'elle rentre et que je reste.

    A peine seul dans l'aéroport, perdu et angoissé, je distingue soudain mon ancien professeur de géographie à l'université. Je me sens sauvé : il va pouvoir  m'aider, ou au moins me conseiller pour trouver un billet. Me reconnaissant, il accélère le pas et comme je l'appelle, il me regarde, sourit et me fait un signe d'adieu de la main.

    Je resterai encore dix jours au Caire, hébergé par mon guide. J'apprends à y connaître ses sœurs qui restent entre elles et parlent de parfums, ses amis qui viennent chez lui le soir pour jouer aux cartes et sa mère - son père est mort, qui fait tout le temps de la cuisine.

    Comme je suis à court d'argent, il m'accompagne chez son oncle, qui a une agence de voyage. Tard le soir, plusieurs employés travaillent encore. L'oncle compte des billets de banque. Mon nouvel ami lui explique ma triste situation. Sans un sourire mais sans une hésitation, l'homme se lève, me demande de le suivre et nous sommes devant son coffre-fort, encastré dans un mur. Il en ouvre le battant et me dit :

    -          Take what you need.

    En apprenant cela, ma mère voudra que je le rembourse, le remercie... mais, pendant le voyage de retour, j'ai perdu l'adresse.

    Irmgard et moi nous sommes revus une fois, pour prendre le thé, dans un bistrot.

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    ***

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    En s'appuyant sur son vécu ou ses convictions, il arrivait qu'Aline, brune élancée, alternativement volontaire et rêveuse, me contredise. Et cela me déroutait. Simplement parce que ses vérités n'étaient pas les miennes, je ne la comprenais pas. Le plus souvent, je commençais par refuser violemment les points de vue qui s'étaient formés hors de mes mondes et cela nous rendait tristes.

    Ensuite, immanquablement, je réfléchissais à ce qu'elle m'avait dit et adoptais intégralement son avis. Je ne pouvais que juger impertinent et rejeter ce qui m'était étranger ou l'adopter totalement, comme une instruction de ce qui m'était inconnu. Je me disais alors : que je suis bête !

    Plus tard je comprendrai que je ne faisais que reproduire un comportement typique que j'ai constaté chez beaucoup d'hommes. Le masculin se manifeste dans mon comportement d'alors et je crois pouvoir noyer ma personne dans le genre.

    Bonnard. Nu au bain et petit chien_1843/4Il n'y a plus de cigarettes. Je quitte Aline et vais en acheter. Quand je reviens, tout l'appartement est sombre, volets baissés, ampoules éteintes. Une clarté chancelante provient de la salle de bain, dont la porte est entrouverte.

    Troublé, je m'y rends. Il y a plus de 10 bougies allumées, un bain coulé et Aline qui m'y attend, nue et radieuse. Elle me sourit. « J'ai eu envie de te faire plaisir ». C'était ça Aline : elle savait parfois donner de formidables coups de soleil à la vie.

    Nous appréciions d'aller dans une résidence secondaire de mes parents où il y avait un petit chalet et beaucoup d'espace pour sa chienne Lassie, colley femelle au superbe poil long.

    C'est là que j'appris que l'histoire ne repasse pas toujours les plats.

    Colley femelle à poil longLe premier jour, la chienne est flottante vis-à-vis de moi, elle cherche ma place dans le trio. Nous décidons de nous amuser en jetant un bout de bois qu'elle nous ramène.

    Aline commence, puis c'est mon tour et en revenant, Lassie hésite mais finit par déposer le projectile à mes pieds.

    Aline lance à nouveau et ensuite c'est à moi, mais je caresse Lassie, quittant ainsi mon attitude de commandement pour la flatter affectueusement.

    Puis, je fais voler le bâton et elle détale pour le rattraper. Lorsqu'elle le rapporte, elle atermoie en me regardant, mais se dirige finalement vers sa maîtresse pour le lui rendre.

    Dès cet instant, je suis jugé et Lassie ne m'obéira plus jamais. Aline est son chef et je n'ai aucune place dans le tandem. J'ai raté le teste et aurai beau ensuite essayer la douceur ou la fermeté, elle ne m'a jamais donné de deuxième chance.

     

     ***

     

    Puis, il y eut Corine. Nous nous sommes mariés, n'avons pas eu d'enfant - elle avait 16 ans de moins que moi et reportait toujours cette idée à "plus tard" - et avons divorcé.


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